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La nécessité de cultiver son cerveau

lundi 10 décembre 2012, par elen2005golf

« Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais heureusement si elles ne sont bien cultivées  ». C’est par une pensée de Montesquieu que je veux commencer cet essai. L’illustre publiciste n’est-il pas, en effet, l’exemple vivant de ce que peut donner une vaste et vraie culture : modération, tolérance, largeur de vue, liberté, passion du progrès, accroissement de l’être.
Cette pensée a un petit air de vérité première, de truisme. Elle énonce un principe qui semble aller de soi. Mais ce n’est là qu’une apparence, car s’il s’agissait d’une évidence notre civilisation serait-elle sur le plan moral où elle en est ? Serions-nous les témoins d’un aussi profond déséquilibre ?

Ce qui est évident, au contraire, c’est que l’essentiel reste à faire. Certes, l’Occident a vaincu l’analphabétisme et a développé la scolarité. Mais ni l’alphabétisme, ni la scolarité n’ont résolu le problème de l’équipement culturel de l’homme moderne, et c’est bien pourquoi cet homme ne parvient pas « à croître heureusement », c’est bien pourquoi les sociétés intègrent si mal les progrès des sciences et des techniques.

Sans doute, la somme de connaissances s’est accrue, les programmes ont été et demeurent surchargés ; mais « connaître » ne signifie pas « comprendre », et cette idée heureusement commence à préoccuper les différentes familles d’esprits, un nombre croissant de pédagogues et d’éducateurs. L’enseignement dispensé au plus grand nombre tend surtout vers l’utilitarisme ; il est essentiellement technique. Cela est fort éloigné de la culture.

En d’autres termes, l’on se préoccupe de forger un outil pour le maintien et le développement de notre civilisation industrielle, mais l’esprit humain est laissé en jachère à peu près totale.
Des spécialistes sont formés, répondant ainsi à une indiscutable nécessité des temps modernes. On a négligé cependant ou l’on méconnaît cette autre nécessité bien plus impérieuse : la formation d’hommes complets. Comment, dès lors, s’étonner que notre civilisation soit en danger, qu’elle soit en crise permanente, que nous glissions, irrésistiblement, vers un panurgisme aberrant, vers une grisaille débilitante ?

Certes, la culture n’est pas l’unique remède ni le grand remède – le grand remède serait la sainteté – mais la culture, jointe à l’éducation morale, doit nous aider puissamment à résoudre nos contradictions, à nous affranchir, à nous épanouir, à nous faire triompher de nous-mêmes.

Ces premières réflexions nous permettent de cerner le but d’une culture authentique. Celle doit consister, me semble-t-il, à utiliser convenablement notre cerveau ou, pour être plus précis, notre intelligence, afin de maîtriser les techniques de la connaissance et les instruments de la civilisation, d’appréhender le monde des idées, des hommes et des choses, de dégager l’essentiel de la gangue ou du fatras des détails, de relier les disciplines entre elles, d’acquérir l’esprit de synthèse, de conduire jusqu’au bout de notre course des études personnelles profitables, de refuser les idées toutes faites, de dire non aux préjugés, de savoir choisir courageusement en toute circonstance, de ne pas subir, d’acquérir de l’être, de devenir en un mot ce qui constitue l’accomplissement : une personne

Voilà comment se profile le but de la culture vraiment libératrice : au-delà de l’efficacité sociale par la possession d’une technique sûre, accéder à la personne, être en situation permanente de s’élever par un développement sans fin de « l’être » et une remise à sa juste place de « l’avoir  ».

Salut de l’homme ? Pour le moins salut temporel, permettant seul d’échapper à l’ennui, à l’uniformité, au grégarisme, unique possibilité de promouvoir l’esprit de qualité et la force de caractère par le réveil de l’intelligence et de la volonté.
Salut de l’homme ? Oui, et je n’exagère nullement car l’homme qui ne connaît que son métier, sa spécialité, souffre souvent, sans pouvoir déceler l’origine de sa souffrance, d’un incoercible ennui. Ce désintérêt naît du sentiment d’un enlisement dans la routine d’un métier, d’une fonction, même d’une direction. C’est que l’intelligence réclame sa nourriture, et la sclérose mentale ou la neurasthénie guette le sujet qui ne satisfait pas à cet impératif spécifique.

L’intelligence a horreur du vide, du superficiel, de la sécheresse spirituelle. Faute de répondre à son exigence, elle se dessèche, se hait elle-même et finit par périr de faim spirituelle.

Ecoutez Saint-Exupéry exprimer à ce propos son angoisse : « il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. Si j’avais la foi, il est bien certain que, passée cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterais plus que Solesmes. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilan et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour ! Le destin de l’homme, dès lors, n’est plus que d’être un producteur et un consommateur et de crever d’ennui entre les deux actes. Et c’est ainsi qu’il perd son pouvoir créateur, et oublie à jamais qu’il doit devenir une personne.


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