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Le passe et l’avenir du tissu de lin

dimanche 14 octobre 2007, par malina

Aujourd’hui le tissu de lin est très apprecié par les créateurs de la mode qui puisent ses idées dans la riche histoire du tissu dont l’âge est égale à celui de l’humanité.

Dans le panorama mouvementé des nouvelles tendances de la mode on voit de plus en plus réapparaitre des tissus naturels. Après la période de leur dévalorisation sous la pression de nouvelles matières synthétiques, ils regagnent leur territoire dans nos armoires. Attribués auparavant aux garde-robes de nos grand-mères et collections ethnographiques, les vêtements en lin, en particulier, sont aujourd’hui de retour. Le succès du tissu en lin exprime les humeurs de la société d’aujourd’hui. Soucieux des problèmes de la santé et de l’écosystème, nos contemporains cherchent à retrouver les valeurs perdues dans le respect de la nature qui est revue comme la source inépuisable de toutes les idées.

Parmi de nombreux tissus naturels, le lin occupe une place de première importance. L’usage du lin remonte à des temps reculés. Il est établi qu’il a été cultivé par l’homme déjà à l’âge de pierre. Ayant de plus de 7000 ans le lin est le textile le plus vieux au monde. La géographie de sa dispersion est large. La culture du lin prospérait en Egypte, Mésopotamie et en Assyrie. On trouve ses traces dans la Chine de V‘ millénaire avants J.C. Frais à porter, il est associé dès le début à l’idée de pureté et donne son nom au « linge » (venu de linga d’où est extraite la fibre).On lui attribuait des vertus curatives. A la fois solide, brillante, fraîche et légère cette fibre donne des tissus qui se froissent avec élégance. Sa préparation exigeait beaucoup de travail. La fibre de lin était issue du pourtour de la tige. Il fallait arracher péniblement à la main ces longues tiges pour profiter de toute la longueur de la fibre. D’après Pline l’Ancien (I siècle av. J.C.) : « On ne tresse pas la plante intacte, mais brisée, broyée, et réduite par la violence à la souplesse de la laine. Après la mousson du blé, les tiges elles-mêmes sont plongées dans l’eau tiédie par le soleil et maintenues au fond par un poids car rien n’est plus léger… on les fait sécher à nouveau au soleil. La tête en bas comme précédemment. Puis une fois sèches on les broie sur une pierre avec un maillet. Alors c’est un art de peigner et de séparer la fillasse."Pour le filage les femmes mouillaient autre fois de leur salive au caractère difficile. Tout ce dur labeur était néanmoins largement récompensé par la qualité incomparable de cette belle matière. Du gros lin rêche au toucher, fins batistes diaphanes en passant par les lourds sergés, il en existait plusieurs qualités. On trouve également le coutil grosse toile à trame serrée, appliquée à la confection des vêtements de dessus ou comme doublure et d’autres.

Le lin connaît d’innombrables usages : Sous les voiles linières les navires quittaient leurs pays à la recherche des terres inconnues, et les mains habiles des serfs transformaient la fibre linière en dentelles les plus fines sur les vêtements des rois, le fil du lin est aujourd’hui utilisé encore pour la chirurgie. On connaît mille d’autres produits fabriqués à partir de la précieuse fibre de lin. Et si les propriétés physiques et chimiques du lin sont aujourd’hui presque entièrement étudiées, ses qualités esthétiques restent inépuisables, elles sont hautement appréciées par les grands professionnels de la mode. Pour les créateurs modernes les tissus de lin contiennent la richesse propre à toutes les matières authentiques comme la glaise pour les céramistes et sculpteurs ou les pigments naturels pour les peintres a toutes les matières précieuses dont l’âge est égale à celui de l’humanité. Le fruit de la nature et du travail de l’homme, le tissu de lin avait plusieurs représentations esthétiques en fonction des conditions géographiques, sociales et culturelle ainsi que des moyens de fabrication.

L’Egypte est considéré comme la terre historique du lin. Les conditions naturelles de la vallée du Nil contribuaient à la culture de cette plante. La maitrise des tisseurs égyptiens a atteint une très haute perfection. Les échantillons de tissus qui nous sont parvenus nous permettent de juger sur l’apparence et les propriétés du lin en Ancien Egypte, 240 m de tissus le plus fin ne pesaient qu’une seul gramme. Le tisseur sentait un tel fil seulement avec les doigts. La finesse du lin égyptien ne cédait pas à la soie naturelle : à travers cinq couches de tissu linière le corps était distinctivement visible. Dans les conditions de climat extrêmement chaud les vertus hydro-thermiques du lin ont été appréciées. Dans la palette des couleurs demandées domine le blanc et toutes ses nuances. Ils accentuaient la vivacité des dessins polychromes qui ornaient les vêtements. Probablement l’éclairage fort du midi a joué le rôle prépondérant sur le plan esthétique du lin égyptien. Le soleil dont les rayons tombaient presque toute l’année sous l’angle de 90 degrés faisait ressortir le relief des plis largement utilisés dans le costume à partir de la période du Moyen Empire. Vers la fin de cette période les vêtement des égyptiens s’enrichissent en volume, souvent ils sont constitués de plusieurs morceaux de tissu de lin attachés sur le coté. La même tendance se manifeste vivement dans le costume aristocratique de la période de Nouvel Empire. La tenu des gens de la couche privilégiée se transforme en ensemble des tissus les plus fins ornés par les dessins géométriques et de nombreux objets en or et en émaux. Costumes égyptiens de cette période doivent le raffinement de sont style au système complexe de plissage du tissu de lin couvrant souvent toute la surface du costume. Le dessin des vêtements aristocratiques est soumis au rythme lent du cérémonial de la cour qui exclue la spontanéité des mouvements. Le corps semble être bandé.

L’art du tissage de lin était estimé très haut en Grèce Antique. Le lin arrive en Grèce par l’intermédiaire des ioniens. D’abord importé en pièces ou en écheveaux il est ensuite cultivé sur place. Sa finesse sa transparence et sa légèreté lui valent un immense succès. Le lin s’utilise principalement pour les tuniques masculines ou féminines. Selon la mythologie toutes les déesses de l’Olympe et d’autres héroïnes étaient les tisseuses habiles, rivalisant entre elles-mêmes dans ce métier. Les étoffes en lin étaient tissées par les femmes à la maisons ou dans les ateliers spécialisées. Exprimant l’idéale esthétique de son époque, les Grecques utilisaient l’élasticité du tissu de lin. La draperie révélait parfaitement les proportions harmonieuses, le dynamisme et la liberté des mouvements. Le morceau rectangulaire de tissu étant drapé sur le corps soulignait l’harmonie du corps qui s’accordaient bien aux vêtements. C’est le cas du chiton qui reste blanc et qui grâce à sa légèreté tombe en longs plis fluides. Le port des deux vêtements à la fois, créait des mouvements de drapées qui communiquaient le rythme harmonieux à tout ensemble. Les plis accompagnent les mouvements du corps. L’expressivité du relief des drapés était beaucoup plus valorisée que le coût de tissu et la beauté de l’ornement. Les tissus avec le dessin répandus pendent la période archaïque cède sa place aux tissus aux couleurs unies (bleue, rouge, verte et surtout blanche). Les tissus unicolores étaient ornés de liséré de la broderie, l’application ou le coloriage. Les dessins de l’ornement étaient liés à la nature. Les motifs végétaux s’organisaient en un ornement géométrique. Le bordure de l’ornement rendaient les plis particulièrement précis et expressifs, soulignaient la beauté des mouvements.

En Europe le lin s’impose à partir de XIe siècle. Sa culture s’intensifie pour représenter à la fin du XVIIe siècle des centaines d’ hectares de champs de petites fleurs bleues de lin. A nord-est de L’Europe le climat frais et humide était particulièrement favorable à la production du tissu de lin .Pendant longtemps la région de Flandre et notamment la ville de Bruges ont régné sur cette culture. Les tisseurs français réagissent par l’invention des toiles de plus en plus fines. Au XIIIe siècle Jean-baptiste de Cambrai tisse la batiste une fine toile de lin de 70 fils au centimètre. Le batiste a fait le luxe d’amples chemises dont Anne d’Autriche a été la plus célèbre adepte.

Les slaves de ’Est appelaient le tissus de lin « soie du Nord » et utilisaient comme un article d’échange économique. Les vêtements en lin étaient très populaires chez les rois et les gens du peuple. Contrairement au costume aristocratique les vêtements traditionnels de tous les temps se distinguaient par l’utilisation de couleurs naturelles des fibre du lin (souvent à cause de manque des moyens pour la teinture) ainsi par sa fonctionnalité. Les vêtements basiques du costume éthique (la jupe, les pantalons, la chemise et la robe sans manche, appelée chez les Russes « sarafan ») sont complétés souvent par des éléments qui servent à modifier le costume et adapter aux différentes situations de la vie. Les créateurs d’aujourd’hui s’inspirent de l’ingéniosité et de l’esthétique du costume traditionnel. Les vêtements confectionnés à partir des fibres végétales, agréables au toucher nous procurent la sensation de bien-être. Les jupes et les robes amples au drapée abondant très a vogue aujourd’hui sont non seulement la manifestation de la féminité et de la nostalgie pour le passé, la liberté des mouvements est avant tout. Polyvalente, discrètes et confortables ils s’intègrent facilement dans notre quotidien et sont le synonyme du bon goût. Ils n’imposent rien, ils servent de cadre précieux pour la personne qui les porte et non pas le contraire. Les qualités esthétiques et pratiques du lin font aujourd’hui l’objet d’études profondes dans les laboratoires des idées des créateurs modernes. Le plus vieux tissu au monde a sans doute l’avenir aussi grand que le passe.


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